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Le jeu des échecs apporte la paix aux joueurs du Sud Soudan


Le jeu des échecs rapproche les jouers du Sud Soudan, malgré la guerre civile

Le soleil brûlant commence enfin à se coucher un samedi en fin d'après-midi à Juba, où un petit groupe se réunit pour assister à une bataille tendue entre deux de leurs meilleurs hommes.

Deng Costa, 28 ans, regarde intensément l'échiquier tandis que Angelo Legge, 36 ans, avec une montre en faux or et une lueur espiègle dans les yeux, contrarie sa défense sicilienne à chaque coup.


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A côté de la petite cour où ils sont face à face, un rugissement assourdissant de jeunes hommes entassés dans une structure en bois regardant un match de football de Premier League vient briser brièvement leur concentration.

Mais ce n'est pas suffisant pour aider Costa.

Legge - qui affirme que certains l'appellent "Angelo le Grand" - le piège en échec et mat. Costa s'en va en trombe.

Néanmoins, après plus de cinq ans de guerre, opposant les différents groupes ethniques de cette nation naissante, le Munuki Chess Club est un havre de coexistence pacifique.


"Aux échecs, je trouve des solutions"

C'est un week-end typique au club d'échecs, l'un des nombreux du Sud-Soudan déchiré par la guerre, où un enthousiasme croissant pour le jeu a vu la nation remporter l'année dernière sa toute première médaille d'or dans une compétition internationale depuis son indépendance en 2011.

Legge a été introduit au club d'échecs pendant ses études de génie civil à Khartoum lors de la guerre du Sud pour l'indépendance du Soudan.

Dans le tout premier tournoi d'échecs du Sud Soudan en 2014, il est arrivé troisième.

Pour le jeune homme qui lutte pour se forger une vie dans un pays où la guerre a laissé des millions de personnes comme lui dans les limbes, les échecs sont une panacée.

"Quand je me sens traumatisé par mes projets d'ingénieur... Je vais jouer aux échecs, je trouve des solutions," dit-il.

"C'est une question de temps, mais aussi de rafraîchir mon esprit et de me donner la vision de ce que sera mon prochain pas dans la vie."


"Fraternité"

"Comme vous pouvez le voir, la plupart des différentes ethnies, des différentes tribus, jouent aux échecs ici, nous devenons une fraternité et nous établissons le respect entre nous," a dit Legge.

Son adversaire Costa, qui a appris à jouer à l'adolescence, est étudiant en sciences appliquées à l'Université de Juba et rêve de participer un jour à l'Olympiade des échecs.

"Les échecs rapprochent les gens et c'est pourquoi j'adore ça. Si tout se passe bien, les échecs seront... le deuxième jeu le plus populaire au Sud Soudan après le football."

L'association d'échecs du Sud Soudan a été co-fondée par Jada Albert Modi en 2009, deux ans avant l'indépendance.

Elle est devenue membre à part entière de la Fédération Mondiale d'Échecs (FIDE) en 2016 à Bakou, Azerbaïdjan, qui a accueilli la première Olympiade à laquelle ont participé les joueurs du pays.

"C'était un choc pour certains de nos joueurs, c'était la première fois que certains d'entre eux quittaient le pays", confiait Modi à l'AFP.

Les Soudanais du Sud sont arrivés en deuxième position de leur groupe, mais deux ans plus tard, ils sont arrivés premiers, battant 45 autres pays.

"C'était la première médaille d'or pour le Sud-Soudan dans n'importe quel sport ", a dit Modi.

La FIDE classe le Sud-Soudan au 126e rang sur 185 pays. Le pays africain le plus important est l'Égypte, qui occupe le 47e rang.


Les échecs entre les batailles

Modi dit que la popularité du jeu est difficile à cerner.

"Pendant la lutte de libération, quand les officiers et les soldats ne se battaient pas, ils jouaient aux échecs, beaucoup de nos hauts fonctionnaires jouent aux échecs."

Modi est fier de la cohésion entre les joueurs d'échecs du club Munuki, du nom d'un district de Juba, qui voit aussi des médecins ou des ambassadeurs jouer contre des étudiants.

"Il y a vraiment une grande diversité... Cette unité s'est manifestée lors du conflit de 2013, nous nous sommes occupés les uns des autres ici. En 2016, c'est la même chose - cela n'a pas créé de failles ", a-t-il dit au sujet des deux grandes batailles de Juba.

"Je pense que le sport rapproche vraiment les gens... et le Sud-Soudan a vraiment besoin que les gens se connaissent. Pas à travers le prisme tribal ou ethnique, mais à travers les capacités, les aptitudes, les passe-temps et les intérêts mutuels", a ajouté Modi.

Le président de l'association des échecs rêve d'un jour où le Sud-Soudan disposera d'un espace dédié - libre de fans de football bruyants - pour jouer aux échecs en toute tranquillité, et de programmes introduisant le jeu dans les écoles, surtout pour les filles.

Et, qui sait, ajoute-t-il, il y aura peut-être aussi un "nombre de grands maîtres" - le titre le plus élevé qu'un joueur d'échecs puisse atteindre.

"Le défi que nous devons relever est que pour gravir les échelons, il faut que nos joueurs soient compétitifs... et financièrement, la plupart d'entre eux n'en ont pas les moyens ", explique Modi.


Désir de stabilité

Juba a été secoué par de violentes effusions de sang lorsque la guerre a éclaté entre les partisans du président Salva Kiir et de son ancien vice-président Riek Machar en décembre 2013, puis de nouveau en juillet 2016 lorsqu'un accord de paix a échoué.

Le dernier accord pour mettre fin à la guerre a été signé en septembre 2018, et les combats ont largement cessé dans une grande partie du pays, les habitants de Djouba faisant remarquer l'absence de tirs du soir.

Pour des jeunes comme Legge, la paix fait d'un avenir stable une possibilité réelle.

"Nous avons besoin que nos dirigeants s'en tiennent à l'accord de paix parce que nous, en tant que génération - moi, en tant qu'ingénieur - voulons participer.

"Je veux avoir le rôle de mettre quelque chose sur le terrain."


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